birbuçuk

Programme Solunum (Respiration) I — 2017–2019
Programme Solunum (Respiration) I — 2017–2019 17 juin 2017

EAU

Le droit de l'eau à couler, luttes contre les centrales hydroélectriques (HES), ruisseaux enfouis d'Istanbul, marchandisation de l'eau

Participants: Akgün İlhan, Adnan Mirhanoğlu, Sevinç Alçiçek, Özgül Arslan, Elmas Deniz, Müge Yıldız

Modérateurs: Serkan Kaptan, Yasemin Ülgen, Ayşe Ceren Sarı

C'est avec le thème de l'eau que nous avons commencé nos sessions en tant que projet birbuçuk. 17 juin 2017, Istanbul. Les phrases qui restent de la conversation — ouvertes à la réflexion et à l'usage — ont été retravaillées par nos soins. En prenant les articles académiques comme modèle, nous avons préféré présenter le texte de la session comme une production collective. Les identités des participants sont précisées en début de texte ; pour la fluidité, les voix ont été anonymisées et transformées en parole collective.

SOIS COMME L'EAU, MON AMI !

L'eau est le commencement de toute chose. Thalès l'a dit, Bruce Lee en a fait une philosophie du combat, Héraclite nous a rappelé qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, Lucrèce a évoqué la transformation perpétuelle de l'eau. Mais l'eau est aussi un champ de lutte — peut-être le plus ancien de tous. Dans cette conversation, les personnes assises autour de la table — un hydrogéologue, un militant pour le droit à l'eau, un pionnier du mouvement environnemental et trois artistes — regardent l'eau depuis des positions différentes, mais toutes voient la même chose : un monde dans lequel l'eau ne peut plus couler librement.

Une voix militante, en racontant son propre parcours, dit : « Je suis comme l'eau. » Une vie qui va de l'architecture paysagère aux campagnes pour le droit à l'eau. Quand l'eau est coupée pour une facture impayée, l'idée que l'eau est un droit prend corps. Des guerres de l'eau éclatent en Bolivie, les robinets passent au prépaiement en Afrique du Sud, les gens descendent dans la rue contre les factures d'eau en Irlande. C'est une vague mondiale — mais en Turquie, on n'en parle pas encore assez. C'est ainsi que naît la Campagne pour le droit à l'eau.

Au départ, elle porte une revendication : que l'eau soit reconnue comme un droit humain fondamental. La reconnaissance par l'ONU de l'eau comme droit humain en 2010 a été un acquis — mais un acquis resté sur le papier. Car dans le même temps, la marchandisation de l'eau s'est accélérée : les services d'eau municipaux ont été privatisés, l'industrie de l'eau en bouteille a crû de manière exponentielle. Et cette question est restée en suspens :

L'eau a le droit de couler. Nous ne parlons pas seulement du droit à l'eau des humains — mais aussi du droit propre de l'eau. Pourquoi un ruisseau ne pourrait-il pas couler librement ?

Le droit à l'eau n'est pas un concept qui appartient uniquement aux humains ; l'eau elle-même a des droits. Couler librement, trouver son propre chemin, circuler sous terre, atteindre la mer. Chaque fois que nous l'emprisonnons dans des tuyaux, des barrages, des bouteilles, des canaux, nous obstruons en réalité nos propres veines. L'inscription des droits de la nature dans la constitution équatorienne, le concept de Pacha Mama en Bolivie — ce sont des signaux venus de géographies lointaines, mais ils cherchent une réponse à la même question : l'eau peut-elle être possédée ? En Italie, un référendum a mis fin à la privatisation de l'eau. En Grèce, en Irlande, partout, les gens s'opposent à la marchandisation de l'eau. Mais en Turquie, ce débat n'a pas encore trouvé un ancrage suffisamment large. Le militantisme pour le droit à l'eau demeure une niche au sein du mouvement environnemental ; pourtant chaque goutte qui coule du robinet est politique.

LES VALLÉES EN RÉVOLTE

Une voix s'élève de la côte de la mer Noire. L'histoire de la lutte contre les centrales hydroélectriques dans les vallées d'Arhavi est, au fond, une histoire de traduction. D'un côté : la langue des militants venus d'Istanbul et d'Ankara — droit, étude d'impact environnemental, décisions de justice, mesures de section transversale, débits minimaux biologiques. De l'autre : la langue des villageois — ruisseau, poisson, noisette, thé, abeille, terre. Servir d'interprète entre les deux est peut-être la partie la plus difficile de la lutte. Mais cette traduction n'est pas unidirectionnelle ; les femmes des villages traduisent également leurs savoirs, leurs corps, leurs voix dans la langue des militants. Et parfois la traduction la plus efficace passe par une femme qui se couche devant un bulldozer.

Quand les radiations de Tchernobyl sont retombées sur la mer Noire, une génération a connu le cancer. Le poison invisible qui s'était infiltré dans les feuilles de thé, les noisettes et la terre est revenu des années plus tard sous forme de maladie. Mais cette expérience a aussi enseigné autre chose : les questions écologiques passent par le corps. La dévastation causée par une centrale hydroélectrique ressemble à une métastase. Ce n'est pas un seul organe, c'est tout le système qui s'effondre. Quand des tuyaux sont posés le long d'un ruisseau, ce n'est pas seulement l'eau qui est coupée — les poissons disparaissent, le jardin se dessèche, les abeilles se raréfient, le rendement en noisettes chute, les jeunes quittent le village. Et quand les femmes s'allongent devant les bulldozers, ce n'est pas pour un seul ruisseau qu'elles s'allongent — c'est pour tout un mode de vie.

Elles portent des masques d'épervier — à la fois symbole de résistance et manière de parler en incarnant la nature elle-même. Havva Ana s'est dressée devant le bulldozer. Elles ont appris le droit, elles ont appris la mesure de la section transversale, elles ont appris par cœur les débits minimaux biologiques, elles sont allées devant les tribunaux. Ce n'étaient pas leurs buts dans la vie ; mais la lutte emmène les gens là où ils ne s'attendaient pas à aller. Au bout d'un moment — après le troisième ou le quatrième panel — on commence à se dire : « Je pourrais intervenir quand Oğuz Hoca ne peut pas venir, je pourrais présenter ça moi-même. » Et si l'on faisait quelque chose de ce genre au village, au point de collecte du thé ?

Il n'est pas nécessaire d'être victime de quelque chose, s'il s'agit d'une question écologique. Le caractère global de la condition de victime importe ici. Il faut souligner le fait que tout le monde a le droit de s'exprimer sur tout — et rejeter et ignorer tout usage contraire à ce principe.

Et Cerattepe. Tout en haut des vallées où se mènent les luttes contre les centrales hydroélectriques, l'endroit où l'on prévoit d'ouvrir des bassins de cyanure. Si une exploitation minière colossale commence, même le débat sur les centrales hydroélectriques semblera anodin en comparaison. Car le cyanure se répandra depuis le point de départ des eaux souterraines. Comme un médicament administré dans une veine, il circulera partout — des orteils au cerveau. Que le ruisseau coule ou non, il sera empoisonné. Toute la vallée, tout le bassin versant, toute vie.

Les choses qu'il nous reste à sauver s'amenuisent, d'ailleurs. C'est peut-être pour ça que le temps me presse autant.

Ces derniers temps, la lutte dans la rue devient plus difficile. Il y a un isolement croissant. À Gezi, tout le monde tombait chaleureusement dans les bras les uns des autres ; des choses surgissaient de façon naturelle, collective — slogans, mots, plaisanteries, petits actes quotidiens de solidarité. C'est précisément ce qui a fait Gezi : la rencontre soudaine de luttes menées séparément pendant des années, chacune de son côté — droits des animaux, environnement, droit à la ville. Aujourd'hui, cette énergie semble éparpillée, l'attention se divise, il y a d'autres attaques, et un isolement bien réel. Mais, après bien des détours, ne finit-on pas par se retrouver ? Même ces rencontres sont, à elles seules, une réponse : s'asseoir et parler, reprendre souffle, s'écouter les uns les autres.

SOUS TERRE, SUR TERRE

Un hydrogéologue parle de Mardin, de la plaine de Kızıltepe. Là-bas, les eaux souterraines reculent rapidement. Chaque année, les puits descendent plus profond, la nappe phréatique baisse. Sous l'effet des prélèvements excessifs, l'agriculture dans la plaine est poussée au bord de l'effondrement. Quand la compagnie d'électricité privatisée coupe le courant pour cause de dettes impayées, les pompes s'arrêtent, la récolte est sur le point de se dessécher ; les agriculteurs bloquent à leur tour les voies commerciales — la forme la plus élémentaire de protestation liée à l'eau. Mais derrière cette protestation se cache un désespoir profond : personne ne sait quoi faire quand le puits est à sec.

Là où il y a de l'eau, il y a de la vie. Là où il n'y en a pas, il n'y a rien.

La théorie des communs d'Ostrom prend ici une forme concrète : l'eau n'appartient ni à l'État ni au marché — elle appartient à tout le monde. Mais « appartenir à tout le monde » ne doit pas signifier « personne n'est responsable ». Il existe des modèles d'autogestion dans lesquels les communautés peuvent protéger, partager et préserver leurs propres ressources en eau. Les modèles de dynamique des systèmes montrent, eux, comment une ressource commune peut tourner à la tragédie : à la fin, quand les puits sont à sec, tout le monde devient égal — dans la soif.

En ville, c'est un tout autre tableau. Vous tirez la chasse d'eau, vous prenez votre douche. Où va cette eau ? Vers les stations d'épuration — d'immenses structures exploitées à des fins lucratives par des entreprises privées. Des égouts, on sort des canapés-lits, des pneus de camion, des réfrigérateurs. Et les jours de pluie, les zones industrielles organisées déversent leurs effluents chimiques dans les égouts sans prétraitement. Car le prétraitement a un coût, et la pluie, une occasion d'échapper aux contrôles. Nous mangeons du poisson au bord du Bosphore sans nous demander dans quelle eau ce poisson a nagé.

Mais même le mot « durabilité » est remis en question. Que faisons-nous durer, au juste ? L'aveu de quelqu'un qui a suivi une formation d'ingénieur est frappant : « Ce qu'on nous apprenait, c'était toujours : tu fais quelque chose, il doit y avoir un résultat immédiat. Mais la vie n'est pas aussi tranchée. Il ne faut pas penser à court terme, et plutôt que de dire “ceci mènera à cela”, l'essentiel, c'est : nous nous sommes engagés sur un chemin, nous faisons quelque chose. »

L'eau coulera, elle trouvera son chemin. Je ne pense pas que nous ayons besoin d'aller si vite.

Et quand nous disons « local », nous pensons toujours à la campagne — mais notre local, c'est aussi ici, cette ville. Istanbul a une structure qui déborde les limites de la géographie urbaine. Que peut-on faire ici ? Que les gens d'ici connaissent mieux l'extérieur, que les gens de l'extérieur viennent ici, que la connaissance circule dans les deux sens. Tout au long de l'histoire, le langage visuel a toujours été plus puissant que l'écrit ou l'oral. Comment faire se rencontrer art, visuel, langage créatif et mouvements sociaux — comment les élargir.

En parler ensemble, se nourrir mutuellement — partager peut-être des exemples qui n'existent pas du tout ici.

PAS D'ARGENT, PAS D'EAU

Quand avons-nous commencé à acheter de l'eau ? Dans les années 1980, si vous entriez dans une épicerie en disant que vous aviez très soif, l'épicier vous donnait un verre d'eau. Gratuitement. Cette eau est maintenant une marchandise commerciale, dans une bouteille en PET, derrière une marque. Cette transformation s'est produite si lentement que nous ne l'avons même pas remarquée. Tout comme la poêle antiadhésive en Téflon a pris la place de la poêle en cuivre, le karakız ; tout comme la consommation individuelle a pris la place du travail collectif.

La commodité a été offerte ; on n'en a pas demandé le prix. Un artiste travaille sur cette transformation et montre une culture où même un arbre se mesure en argent. Son vrai sujet, pourtant, ce sont les eaux étouffées d'Istanbul : des ruisseaux recouverts, mis sous béton, transformés en canaux d'égouts. Dans cette ville, il y a environ quatre-vingts ruisseaux connus, et aucun travail d'ensemble n'a été réalisé à leur sujet. Où commencent-ils, où finissent-ils, lequel coule encore, lequel est mort depuis longtemps ? Les anciennes cartes d'Istanbul montrent des voies d'eau ; sur les nouvelles, il n'en reste même pas la trace. Faire remonter à la surface un ruisseau souterrain — qui s'en chargera ?

Ces tuyaux, ces fosses septiques qui s'écoulent de là — la vie aurait pu couler à leur place. Nous avons choisi, dans cette civilisation des ordures, de les transformer en dépotoir.

Un autre artiste installe une œuvre intitulée Maruz (Exposé·e) sur la berge du Kurbağalıdere. Le ruisseau ne coule plus ; il sent mauvais. L'artiste veut exposer les gens à cette odeur, à ce spectacle. L'eau nous tend un miroir ; quand nous regardons dedans, nous nous voyons — mais nous ne voulons pas voir. Et un troisième artiste dit que l'eau est dans la nature du cinéma. Les premiers cinéastes ont toujours voulu filmer l'eau — le flux, l'intemporalité, le mouvement. « L'intemporalité et la fluidité de l'eau, et le fait que le cinéma soit un peu pareil — ce sont des choses liées. » Le spectateur trouve son propre temps dans ce flux. Et peut-être que le cinéma aussi est comme l'eau : il coule, se transforme, disparaît — mais laisse une trace.

Il faut travailler à partir de choses concrètes. Quand il y a quelque chose de concret, les gens commencent à venir en disant : « Ah oui, ça pourrait marcher. » Les quatre-vingts ruisseaux d'Istanbul — cela pourrait être un projet concret. Où commencent-ils, où finissent-ils, lesquels sont encore vivants ? Il y a de vieilles cartes, des cartes hydrographiques ; quelqu'un, collectionneur, possède des cartes historiques. Chacun de ces ruisseaux servira de miroir : en regardant, nous verrons l'eau ; dans l'eau, nous nous verrons nous-mêmes.

FAIT, CONCEPT ET TULUM

Le moment le plus inattendu de cette conversation est peut-être celui où il est question de la fabrication du fromage. Quelqu'un décrit comment se fait le fromage tulum : « D'abord on égoutte le fromage à travers une étamine. Ensuite on le presse, on le fourre bien serré dans un tulum en peau de chèvre, autant qu'il peut en tenir. Puis on l'enfouit dans la terre. Au bout de trois mois, ça donne un fromage délicieux. » C'est une métaphore : si un académicien n'attend pas suffisamment longtemps pour interpréter un fait, il devient prisonnier de ce qu'il a entendu. C'est précisément pour cela qu'il faut fourrer le fait bien serré dans le concept, l'enfouir dans la terre, attendre qu'il mûrisse. À la fois aller quelque part sans en être, et définir sa vie par une autre pratique — art, université, militantisme — et tenter de construire une relation à partir de là : « c'était une question sur laquelle nous nous creusions la tête et dont nous n'arrivions pas vraiment à sortir. C'est pourquoi le fromage, le fait, le concept et le tulum se sont réunis pour nous. » Le savoir des villages est caché dans la nature, et menacé de disparaître. Faire un collier avec les fils tirés de la racine d'une fougère. Enfiler des fraises des bois sur leurs tiges — dures côté racine, souples là où elles tiennent au plant — et les porter autour du cou.

Observer un nid d'araignée pendant une heure, voir les petits manger la mère, et en faire un dicton transmis de génération en génération : « Comme chez l'araignée, ces enfants me mangeront. » Ce ne sont pas des choses qu'on apprend dans les documentaires ; ce sont des choses qu'on sait pour les avoir vécues. Là-bas, il y a quatre mille ans de culture. Des Hemşinlis, des Laz, des locuteurs du romeyka. Les relations que chacun d'eux a forgées avec l'eau, le sol et les plantes sont différentes — mais tous se nourrissent de la même racine : vivre dans la nature, produire avec elle, apprendre d'elle. Comment, alors, porter ce savoir ? D'un côté, il y a l'idée d'« amener » — emmener des artistes, des musiciens, des gens de théâtre dans les villages, organiser des éco-festivals. Mais d'un autre côté, « coproduire » est plus juste qu'« amener ».

L'artiste qui s'y rend ne va pas y donner quelque chose, mais découvrir l'expérience du lieu et travailler avec elle. Voir le moulin du village, participer à la cueillette collective des noisettes, écouter des chansons le soir — ce ne sont pas des expériences touristiques mais le terreau de la coproduction. Défendre le sentier, réparer le moulin. Il y a déjà de puissantes motivations chez les personnes qui ont une relation avec cette géographie. L'enjeu est que cette relation cesse d'être à sens unique. Il y a déjà là-bas des personnes qui ont construit une maison de village, qui cultivent tout elles-mêmes, qui vivent sans faire de courses. Il y a beaucoup à apprendre d'elles. « On ira là-bas, on vivra ce que j'ai décrit. On n'attendra pas de résultats à court terme. » Mais en Turquie, le villageois est rabaissé depuis si longtemps que les gens sont devenus étrangers à leurs propres savoirs. Ce qui venait du village est devenu un motif de honte. La verdure, la terre, les marmites en cuivre, le travail collectif — tout cela a été tenu pour un signe de « retard ». Aujourd'hui, on assiste à un renversement intéressant : les choses chassées de la ville commencent à attirer l'attention de tous.

Toucher la terre, cultiver sa propre nourriture, vivre avec des matériaux naturels. Mais pour l'instant comme nostalgie, comme savoir — non comme la chose elle-même. Les choses chassées de la ville sont maintenant celles que tout le monde trouve « très intéressantes ». Intéressantes comme savoir ; distantes comme pratique. On a essayé de longer le ruisseau en ramassant les déchets — une annonce a été faite à la mosquée du village, un événement organisé, des enfants y ont participé, on a rempli une petite camionnette de déchets. Mais quand on y est retourné l'année suivante, rien n'avait changé. On l'a fait deux fois ; la troisième fois, personne n'est venu. Car au village, il n'y a plus d'œufs : on les achète au bourg.

Une voiture part toutes les quinze minutes, le marchand de pastèques vient, le marchand de fruits vient, les supermarchés viennent jusqu'au village. Le capitalisme mondial vous retrouve même au sommet de la montagne. Quand nous étions petits, il n'y avait pas de déchets ; tout se transformait : on s'en servait, on le brûlait, cela devenait de l'engrais. Aujourd'hui, tout arrive prêt à l'emploi, sous emballage plastique. Et ce plastique va dans le ruisseau.

Les gens là-bas ont déjà été témoins des évolutions dans la nature et en ont tiré des conclusions. Des dictons sont nés d'eux. Vous imaginez ? Il y a tellement de choses comme ça dont je prends note, que j'accumule.

APPARTENIR

Vivre dans trois grandes villes et ne se sentir appartenir à aucune d'elles. İzmir, Ankara, Istanbul — chacune avec ses propres pratiques, mais ce lien d'appartenance ne se noue avec aucune. Quand la relation à l'eau est rompue, la motivation à la protéger disparaît aussi. Mais au village, dans le lieu où l'on est né, l'eau détermine directement la vie. Cette tension ne peut être résolue, mais elle est nommée : l'appartenance. « Je ne suis qu'une toute petite personne ; il y a plus de vingt millions d'habitants ici. Je ne peux pas le faire. Mais au village, il y a un endroit pas encore pollué, qu'on peut encore protéger. Et c'est plus essentiel : cela touche directement la vie de ces gens-là. » Une voix qui participe depuis Londres apporte un autre regard.

Là-bas, on vit aux côtés des mouches, des toiles d'araignée, des insectes. On ne fait même pas de pulvérisation massive de pesticides dans le jardin ; on ne veut pas perturber l'habitat des êtres vivants. Les berges des rivières sont publiques ; parcs, espaces sportifs. « Alors que la modernité devrait y être plus avancée, je vis une vie plus proche de ma vie à Erzincan. » Plus nous nous nettoyons, plus nous nous salissons, et plus nous salissons. Là-bas, il y a quatre poubelles séparées dans chaque maison ; si vous ne triez pas vos déchets, ils ne sont pas collectés. Sanctions et sensibilisation vont de pair. Ici, les campagnes de sensibilisation restent lettre morte, et il n'y a aucun contrôle. Les grandes villes sont des modèles, qu'on le veuille ou non.

Dans toutes les séries télévisées, tous les films, partout, le mode de vie urbain est présenté comme exemplaire. Et quand ces citadins jettent leurs déchets dans le ruisseau, les villageois font de même — en pensant que « l'eau les emportera ». Mais l'eau aussi a une capacité, et nos déchets sont désormais assez nombreux pour la dépasser. Des stations d'épuration, on retire des lits, des couvercles de toilettes, des cuvettes. Les municipalités ont un pouvoir énorme pour définir des politiques ; travailler avec elles est une nécessité.

Ce sont des métastases. Nous devons nous concentrer sur l'endroit où se trouve la maladie primaire. Peu importe où nous sommes.

Et peut-être que la métaphore-racine de birbuçuk — le gingembre — trouve ici son sens. Des rencontres qui n'ont pas l'obligation de rester ensemble, variables, ne pesant pas les unes sur les autres, mais surgissant de la même racine. Ces conversations comme la racine principale ; les projets, panels, publications et rencontres qui en germeront — comme les petites racines du gingembre, chacun trouvera son propre chemin. Tout comme l'eau trouve son chemin. Ce qui compte, c'est de se rencontrer, de se connaître, et de reprendre souffle ensemble. Plutôt que d'attendre des résultats immédiats, faire confiance au processus. Ne pas penser à court terme. Nous nous sommes engagés sur un chemin — peut-être en partageant un repas, peut-être en nous écrivant, peut-être en reparlant ensemble, peut-être en nous retrouvant à Istanbul, sur la côte de la mer Noire ou à Mardin. Échange mutuel de connaissances et d'expériences — tant pour l'art en particulier que dans l'ensemble. Peut-être même qu'en allant là-bas, nous faisons du tort ; il faut un peu regarder les choses sous cet angle. Mais quand nous y allons, que les gens de cet endroit disent — « regardez, des gens viennent, vous vous rendez compte à quel point ils sont curieux, à quel point c'est précieux » — c'est aussi un pas.

L'eau coulera, elle trouvera son chemin. Mais nous aussi, nous la laisserons couler.